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  • HELENE OURTIES

L'heure de la sortie...














Le confinement, on se prendrait presque à désirer qu’il se prolonge ou se renouvelle, non pas tant pour la retraite méditative qu’il nous procure que pour l’œuvre de discernement qu’il opère entre les esprits, entre les temps, entre le caduc et le pérenne, entre ce qui est noble et ce qui est vil. Le confinement a marché de pair avec un certain raffinement. Un raffinement de nos relations, un raffinement de notre pensée, un raffinement de notre travail ordinaire, un raffinement de notre attention au détail. Détail de notre entourage humain, détail de notre paysage environnant, si restreint soit-il, détail de nos tâches obligées. Mais le détail n’est-il pas l’humble horizon, le modeste domicile de nos vies quotidiennes ? Nous ne pouvons tout voir, ni tout savoir, ni tout pouvoir, ni tout maîtriser. Ce temps de restriction rabaissent opportunément notre prétention à la totalité et nous obligent à envisager l’indéterminé, au jour le jour, comme notre seul avenir. Durant ces quelques huit semaines écoulées, notre existence s’est trouvée rationnée, comme elle ne l’avait pas été depuis longtemps, et elle va le demeurer durablement encore, sans doute. Aujourd’hui, nous avons envie de quelque chose, de plein de choses. En tout cas nous n’avons plus envie d’avant. Nous avons envie d’autre chose. Au terme de ce temps, préliminaire à tous égards, nous pouvons récapituler et identifier ce qui nous reste. Or il faut bien nous persuader que ce qui nous reste n’est pas moins que ce que nous avions auparavant. Si ce qui nous reste est un progrès de sagesse, d’intériorité, d’humanité, alors ce qui nous reste est plus que ce que nous avions auparavant. Les dépouillements consentis n’appauvrissent pas : ils enrichissent. Le véritable reste est toujours plus que la somme qui le précède, tout simplement parce qu’il demeure. Nous ne sortons pas du confinement tout à fait dans le même état que celui dans lequel nous y étions entrés : l’exercice nous a sensiblement modifiés, au plan personnel comme au plan collectif. Nous étions entrés dans cette mise en quarantaine un peu noués et sur la défensive, avec la peur au ventre, et voilà qu’insensiblement, au fil des semaines, à travers la fidélité au devoir d’état, quelque chose s’est dénoué, détendu, dilaté en nous, entre nous. Quelque chose de dé-chaîné, de libre, d’éminemment printanier. Le bénéfice le plus certain de l’épreuve est l’idée qui nous est venue de nous causer de fenêtre à fenêtre, de clocher à clocher, de colline à colline, et la découverte que nous avons faite de notre profonde entente. Le confinement nous a unis : il ne faut pas que le déconfinement nous disperse. La longévité de nos liens, la solidité de la toile patiemment tissée, la définition partagée de nos attentes, voilà désormais les grandes questions qui doivent nous mobiliser activement et nous arracher à toutes sortes de morosités prévisibles. Il ne faudrait point que, cédant à un mauvais pli, l’on sacrifie l’humain à la reprise économique

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